Qui a peur d’Hugo Chavez ?
mercredi 12 septembre 2007 par Maurizio Matteuzzi
NDT : La dernière partie de l’article, traitant de conflits italiens relatifs à la position vis-à-vis du Venezuela, s’adresse aux lecteurs italiens et n’a donc pas fait l’objet d’une traduction.
Qu’Hugo Chavez, le président du Venezuela, soit un homme conflictuel, c’est sûr. Qu’il ne plaise pas à tous est évident et plausible.
À la fin des années 90 du siècle dernier, quand il fit irruption comme un ouragan – “l’ouragan Hugo” – sur la scène politique et électorale vénézuélienne, nombreux furent ceux qui rirent de sa “révolution bolivarienne”. Et ils rirent encore plus quand, avec son visage d’indien et son béret rouge de para, il adopta les attitudes de Bolivar, le Libertador de l’Amérique du Sud.
Aujourd’hui, près de 10 ans après, ils rient moins. Il n’est plus le bon muchacho qui gagne les élections haut la main ; qui résiste à un coup d’Etat et à une grève patronale & syndicale appuyée par Washington ; qui utilise la manne pétrolière comme une arme exactement comparable à l’arme pétrolifère utilisée depuis toujours par les Etats-Unis ; qui vole la vedette à Lula sur la scène de Porto Alegre ; qui pense être le successeur de Castro ; qui appuie à fond l’intégration de l’Amérique du Sud ; qui insulte le “terroriste” Bush ; qui transpire l’”anti-américanisme” (mais en Amérique du Sud, ils savent ce qu’a signifié la proximité du grand frère du nord) ; Qui tente de forger une coopération avec les pays de l’ex-Tiers Monde – souvent “à problèmes” ou “méchants”, c’est clair, mais qu’on ne vienne pas nous raconter qu’ils sont tels pour des questions de démocratie et de droits humains – mis au ban de la “communauté internationale”.
Chavez est devenu une bête difficile à manoeuvrer. Et pas uniquement pour la peu présentable opposition vénézuélienne qui plait tant aux Vargas Llosa et aussi, dans ses rares et discutables versions démocratiques – Teodoro Petkoff, pour ne pas le citer – à la gauche italienne (on ne peut oublier l’appui des DS [Democratici di Sinistra – Démocrates de Gauche, parti social-démocrate, créé sur les cendres du Parti Communiste Italien] au sabotage pétrolier de la fin 2002 – débuts 2003).
Ses jeux, ses actions, ses initiatives, son absence de scrupules (pétrolifères et autres), son égocentrisme, ses tendances “autoritaires” (indéniables), sa “mégalomanie”, déconcertent et désarçonnent. Sa concurrence, toujours plus inévitable et explicite, avec le brésilien Lula et les autres “bons socialistes” d’Amérique du Sud – la chilienne Michelle Bachelet, l’urugayen Tabaré Vasquez - rend aisé le choix d’un camp. En Occident, du moins, et surtout ici chez nous. Même la dernière initiative de Chavez, la réforme de “sa” Constitution de 1999, “la plus belle et parfaite du monde” déconcerte et désarçonne. Chavez est toujours border line, sur une ligne fine, de frontière. La modification de l’article de la Constitution qui impose une limite aux réélections ne nous plait pas à nous, l’Occident.
Nous, l’Occident, croyons que le pouvoir use qui en dispose et l’exerce trop longtemps. Mais, par pitié, ne faisons pas semblant de nous scandaliser pour cela et de l’appeler “coup d’Etat institutionnel”. Parce que si le Venezuela de Chavez est “antidémocratique”, alors, comme le rappelait l’analyste politique états-unien Mark Weisbrot, co-directeur du Center for Economic and Policy Research de Washington, il faudrait dire que l’Angleterre, patrie du libéralisme, est antidémocratique, vu que madame Thatcher et Tony Blair y sont restés très longtemps au pouvoir. Ou que les Etats-Unis, patrie de la démocratie, sont antidémocratiques, vu que Franklin D. Roosevelt y a accompli quatre mandats consécutifs.
Ou alors est-ce que nous considérons que quelque chose est bon en Occident et pas ailleurs ?
Nous, nous ne soutenons pas Chavez de manière totalement inconditionnelle et nous ne mettons pas notre main au feu pour son “socialisme du 21ème siècle”. Mais nous avons, au contraire de nombreux autres, quelques notions d’histoire et de géographie.
Et taxer cette révision constitutionnelle de plan pour une “réélection à vie” est une grossière duperie.
Que les pasdaran de la démocratie libéral - capitaliste soient patients : si et quand les électeurs vénézuéliens, qui en dix ans ont choisi au moins douze fois Chavez, voteront contre lui et qu’il ne s’en ira pas du palais de Miraflores, ils pourront dire qu’ils ont vu juste.
D’ici-là, qu’ils se taisent. Parce que, jusqu’à preuve du contraire, parmi les 33 articles (sur les 350 que compte la Constitution vénézuélienne) que Chavez “propose” pour modification au Parlement (totalement Chaviste, mais par choix de l’opposition, pas par la faute de Chavez) et au peuple (par référendum), ne figure pas celui qui permet – et il s’agit peut-être du seul exemple au monde – la révocation populaire du Président de la République.
